— Vous pensez qu’il est sérieux ? demanda prudemment Malko.

Ryan tordit sa petite bouche en un ricanement silencieux.

— Des gars comme lui, on en voit vingt par mois. Quand je suis arrivé ici, je m’amusais à interroger tous les réfugiés arrivant de Chine communiste. Ils racontaient n’importe quoi pour quelques dollars.

» D’ailleurs ici, tout le monde raconte n’importe quoi : entre les barbouzes cocos, les types de Taipeh, les Japonais… Depuis un mois, la seule information absolument sûre que j’ai pu communiquer à la boîte, c’est que la saison des pluies était en retard. Alors, je vous souhaite bien du plaisir…

— Et les Anglais ?

— Focked bastards…

Le spectre de la reine Victoria se glissa entre les deux hommes. Malko savait que, pour certains membres de la CIA, et non des moindres, l’Intelligence Service était totalement noyautée par les communistes. Les très mauvaises langues insinuaient même que la reine Elisabeth émargeait sur les feuilles de paie du KGB… Le travail de la CIA à Hong-Kong n’était pas aisé. Le consulat américain, un bâtiment en L, dressait ses quinze étages le long de Garden Road, à deux pas du Hilton, sur les premières hauteurs. Le toit était hérissé d’antennes comme une HLM de banlieue. C’était le plus grand centre d’écoute du Sud-Est asiatique. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des sinologues écoutaient tout ce que déversaient les radios communistes, dans les trois dialectes principaux : mandarin, cantonais et yunnan. Le tout était digéré par trois computers qui occupaient les cinquième et sixième étages. Chaque matin, la CIA envoyait une synthèse confidentielle à Washington, étendant même sa bonté jusqu’à en faire profiter le patron des Services de renseignement britanniques qui jetait un œil distrait sur ces informations obtenues à prix d’or avant de les jeter au panier.

Abrutis de propagande communiste, les sinologues allaient sagement de la cantine à leur studio d’écoute, sans faire de mal à personne.



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