
Ce fut au tour de Malko de rester bouche bée.
— Non, pourquoi ? Elle secoua la tête :
— Parce que si vous n’êtes pas communiste, vous êtes impérialiste. Et si vous êtes impérialiste, vous êtes mauvais.
C’était un raisonnement d’une logique implacable. Malko, amusé, remarqua :
— Je suis un impérialiste, comme tu dis, mais je ne suis pas mauvais…
La Chinoise n’eut pas le temps de répondre. Une explosion sourde fit lever toutes les têtes. Cela venait de l’est de Victoria Harbour.
Les passagers du ferry s’étaient tous précipités à tribord, caquetant en chinois avec des voix assourdissantes. Mais on n’apercevait rien. Il y avait trop de cargos ancrés entre la route suivie par le ferry et le lieu où s’était produit l’explosion.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Malko.
— Une grosse bombe, fit Po-yick, extasiée.
Le son de plusieurs sirènes de pompiers monta dans le lointain.
Avec des petits coups de sirène hargneux, une vedette grise de la police frôla le ferry, fonçant vers le lieu de l’accident, dans un sillage d’écume blanche.
La corne aiguë d’une ambulance éclata tout près, en face de l’Hôtel Peninsula, dans Kowloon. Le ferry n’était plus qu’à une centaine de mètres du quai. Malko rentra dans la voiture. Po-yick s’était rembrunie et ne disait plus rien.
Malko se dégagea de l’embouteillage de la place Yaumati et enfila Jordan Road, impatient d’arriver à Kai-tak.
La mer était entièrement recouverte d’une sorte de boue, un mélange de chair humaine, de kérosène, de bagages éventrés, de papiers, de débris de fauteuils et de quelques gilets de sauvetage, sur une zone de trois cents mètres de circonférence, juste en face du Devil’s Peak surmontant la pointe de Sam Ka-tsuen.
Une petite vedette de la police repêcha le corps d’une Chinoise presque entièrement dévêtue, et, cent mètres plus loin, celui d’un enfant japonais, à qui il manquait un bras. Toujours à l’aide de longues gaffes, ils hissèrent à bord un morceau d’antenne, un bout de carlingue éclatée, trouée comme si elle avait été soumise au tir d’une arme automatique.
