À cent mètres de là, flottaient deux portefeuilles. Discrètement, les occupants d’un petit sampan les cueillirent pour les enfouir sous un tas de casiers à homard.

Il n’y a pas de petits bénéfices.

La baie de Kowloon grouillait d’embarcations de toutes sortes. Les vedettes de la police tentaient de repousser toutes les jonques accourues à la curée, beaucoup plus que pour aider les survivants éventuels. Le jet s’était brisé en deux. La partie arrière gisait intacte sur un fond de boue de quinze mètres environ. Des hommes-grenouilles plongeaient inlassablement pour tenter de remonter les corps pris dans l’épave.

L’avant, avec les ailes, s’était disloqué au contact brutal de l’eau, le nez ayant heurté la surface liquide presque sous un angle de quatre-vingt-dix degrés. C’est là que flottaient la plupart des cadavres, horriblement mutilés.

Presque tous les corps retrouvés avaient été sectionnés à la hauteur des hanches à cause des ceintures de sécurité. Certains portaient des brûlures superficielles dues à l’explosion des réservoirs de kérosène contenus dans les ailes. Et parmi tous ces cadavres, il y avait des vivants !

Tout de suite après la catastrophe, un sampanier avait repêché un homme et une femme, incapables de parler, abrutis par le choc, atteints de plusieurs fractures, mais vivants.

Un Japonais avait pu regagner le bord à la nage ! Fou de peur, il s’était enfui à travers les pistes de Kai-tak et il avait fallu le mettre de force dans une ambulance.

Provisoirement, le trafic aérien était stoppé. Des voitures de pompiers et des ambulances stationnaient sur la piste en ciment s’avançant vers la mer. Quatre hélicoptères tournaient en rond autour de la grosse tache de kérosène, cherchant à repérer des corps. Une demi-heure après l’accident, il n’y avait plus aucun espoir de retrouver d’autres survivants. Ceux qui étaient restés emprisonnés dans la carlingue submergée étaient noyés.



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