
Malko frissonna devant le spectacle hallucinant. Il était venu à pied jusqu’à l’extrême bord de la piste en ciment pour voir par lui-même l’étendue de la catastrophe. Maintenant, dans le crépuscule, on ne voyait plus que la lampe rouge d’un gilet de sauvetage vide, flottant au milieu de la zone sinistrée… Il s’était gonflé automatiquement, par le souffle de l’explosion. Personne n’avait eu le temps de l’enfiler.
Il n’y avait plus rien à voir. Lentement Malko reprit le chemin des bâtiments de l’aéroport, fendant la foule des curieux qui avaient envahi le terrain. La plupart, pauvrement vêtus, étaient accourus du quartier voisin de Kowloon City, la cité interdite, refuge de tous les repris de justice de la colonie, en quête de rapine. Plusieurs jetèrent un coup d’œil haineux aux vêtements bien coupés de Malko. À Kowloon City, on tuait un homme pour une cigarette.
Malko fut soulagé de retrouver les lumières des bâtiments de Kai-tak. Un grand calme l’avait envahi depuis l’explosion entendue sur le ferry, il avait le pressentiment qu’il s’agissait de l’avion des China Airlines.
Sans savoir pourquoi.
Maintenant, il s’agissait de savoir si Cheng Chang avait survécu à la catastrophe ou non. Il poussa la porte vitrée qui donnait dans le hall de l’aéroport.
Une indescriptible pagaille y régnait.
Il n’y a rien de plus perçant que la voix d’un Chinois. Ici, c’étaient deux ou trois cents Chinois qui hurlaient, appelaient, tentaient de prendre d’assaut le bureau vitré au fond du hall, où le chef d’agence de la China Airlines, pâle, sa chemise blanche tachée, faisait le point des recherches. Il tenait une liste à la main, mais chaque fois qu’il essayait de lire un nom, le brouhaha l’en empêchait. Un Chinois aux vêtements en lambeaux, l’air hébété, était étendu sur une civière improvisée, les yeux fermés, au fond du bureau. Malko joua des coudes pour se rapprocher ; ce n’était pas Cheng Chang.
