
Bref, en ce matin de novembre, Holy Tong était plutôt porté à l’optimisme. Assis dans la position du lotus, devant la grande baie vitrée de son bureau, il regardait les évolutions des oiseaux.
Tuan, son domestique, entra silencieusement et déposa un plateau avec son thé et le South China Mail, quotidien qui datait de l’époque où le drapeau britannique flottait de Changhaï à Singapour. La reine Elisabeth ne contrôlait plus qu’un bout de territoire grand comme la moitié de Londres, mais le titre n’avait pas changé. Merveilleux anglais.
Le snobisme de Holy consistait à ne lire que la presse anglaise. Il déplia son journal et jeta un coup d’œil sur les gros titres. On annonçait la catastrophe du Bœing des China Airlines en avançant l’hypothèse qu’il s’agissait d’un sabotage. Il replia vite le quotidien : il avait horreur des nouvelles tristes.
Avant d’avaler la première gorgée de son thé, il regarda attentivement si aucune particule ne flottait à la surface du liquide. C’eût été un très mauvais présage. Son grand-père lui avait toujours enseigné de tenir compte des avertissements du Ciel. Encore fallait-il qu’il y en ait.
Holy Tong but une gorgée de thé, eut un petit rot de politesse, bien qu’il soit seul, et reposa sa tasse. La pièce, où il se trouvait, était absolument silencieuse, fermée par une double porte capitonnée. Les murs, tendus de velours noir, disparaissaient sous les rayonnages emplis de livres précieux, enrichis de gravures frénétiquement érotiques.
Tout un panneau était occupé par un divan très bas, noir lui aussi, avec des coussins de soie, de toutes tailles. C’est là qu’Holy donnait ses consultations.
