À côté, dans une niche de la bibliothèque, se trouvait le petit coffret de bois de rose contenant les aiguilles d’or. Le téléphone était le seul objet moderne de la pièce, ainsi qu’un interphone dissimulé derrière une gravure.

Holy venait à peine de faire glisser sur sa langue la dernière goutte de thé que l’interphone grésilla :

— Elle est là, annonça simplement Tuan.

Holy Tong se leva vivement et rajusta autour de lui les pans de son kimono safran. De taille moyenne, il était rondelet et potelé, avec une solide petite brioche.

Il tira de son bureau une glace et s’inspecta rapidement. Ses cheveux argentés étaient soigneusement peignés en arrière, dégageant un front haut et bombé. Les yeux étaient pleins de vivacité, abrités derrière des lunettes sans monture. Seule la bouche était plutôt veule, surmontant un menton empâté. Pourtant Holy se sentait encore assez séduisant. Peut-être à cause de la rage érotique qui l’habitait.

Ayant vérifié son apparence extérieure, il s’agenouilla devant un panneau de la bibliothèque qu’il rabattit. C’était son petit compartiment secret, là où il cachait ses philtres et sa provision de Gien-Seng.

Il en sortit une fiole remplie d’un liquide incolore et un petit pinceau qu’il y trempa après l’avoir débouchée. Puis, écartant son kimono sous lequel il était nu, il s’enduisit soigneusement, à petits coups rapides et précis, les lèvres serrées par la concentration. Cela causait un picotement assez agréable et une sensation de froid.

Toute l’opération ne dura pas trente secondes. Holy Tong se redressa et appuya sur le bouton de l’interphone.

Quelques instants plus tard, Tuan ouvrit la porte et s’effaça. Holy s’inclina devant sa visiteuse.

Elle pouvait avoir n’importe quel âge, entre trente et cinquante ans. Les cheveux noirs, parsemés de mèches blanches, tirés en arrière en un chignon austère, les pommettes saillantes, de grandes dents jaunes se chevauchant, émergeant des lèvres épaisses, un corps maigre et dur moulé dans un cheong-sam pas très bien coupé, elle n’était vraiment pas belle. Seules ses mains, aux veines très saillantes et aux doigts effilés, avaient de la race. Elle était à peine maquillée et ne portait aucun bijou.



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