
Pour se changer les idées, il se rassit devant la baie vitrée. Le typhon Emma avait définitivement disparu vers les Philippines avec son cortège de nuages et de pluie. Holy en ressentit une vague contrariété. Il connaissait une petite sampanière de vingt ans à Yaumati qui ne l’accueillait que les jours de tempête parce qu’elle avait peur toute seule. Maintenant, il serait obligé d’attendre le prochain typhon.
Holy Tong suivait des yeux les ferries verts et rouges. Plus loin, la ligne bleue des montagnes de la Chine continentale se détachant sur l’horizon. Un autre monde. Par moments, Holy se sentait très seul. Depuis six mois, tous les riches Chinois qui habitaient les villas voisines de la sienne étaient discrètement partis à Bangkok, à Singapour ou plus loin. Pour sauver la face, ils laissaient de nombreux domestiques, mais ne reviendraient jamais. Insensiblement, Hong-Kong se transformait, rosissait.
En dépit de la vue magnifique, Holy ne parvenait pas à trouver le calme. Il ne pouvait s’empêcher de penser à Cheng Chang. C’était un vieux camarade. Pas très intelligent, pas très brillant, mais dévoué. Des larmes perlaient dans les bons yeux d’Holy. Comme beaucoup de Chinois traditionalistes, il croyait fermement que l’âme d’un mort ne pouvait trouver la paix que si elle était enterrée dans la terre de ses ancêtres.
C’était le dernier service qu’il pouvait rendre à ce pauvre Cheng Chang, né, comme lui, dans les faubourgs de Tchung-king. Il décrocha son téléphone et appela une jeune Chinoise qu’il avait jusqu’ici utilisée à des fins moins sordides : Mina, putain de son état et taxi girl officiellement. Il ne se sentait pas le courage d’aller à la morgue lui-même…
