Le général avait disparu dans sa villa pas finie et le capitaine Bliss avait été muté à Anchorage (Alaska).

Malko ignorait tout cela mais l’intervention du colonel Whitcomb ne lui plaisait pas. Les yeux de l’Anglais transperçaient Malko avec l’intensité d’un rayon gamma.

Heureusement qu’il ne portait aucune arme, obéissant aux consignes de David Wise…

D’ailleurs, en passant la douane, à son arrivée, la préposée avait examiné les bagages méticuleusement, jugeant avec sévérité jusqu’à la longueur de la lime à ongles. Nuit et jour, les jonques des trafiquants passaient en contrebande des tonnes de marchandise, mais un accord tacite entre communistes et Anglais avait banni tout trafic d’armes. À quoi bon, d’ailleurs ? L’armée chinoise était à quinze milles du Hilton. Le jour où les autorités de Pékin décideraient de submerger la colonie, la seule chose qui les retarderait serait la circulation effroyablement lente entre Lo-hu, le poste frontière des Nouveaux-Territoires, et Kowloon.

Oubliant ses bombes, le colonel Whitcomb arracha Malko à sa méditation :

— Vous souhaitiez avoir des nouvelles de M. Cheng Chang, laissa-t-il tomber. Je vais vous satisfaire. Si vous voulez bien me suivre…

Les deux hommes se toisèrent : Malko était presque certain que l’Anglais ne se faisait aucune illusion sur sa véritable identité. Sans répondre, il se leva et suivit le colonel. La Chinoise s’était replongée dans ses paperasses et dans son formol.

Le colonel Whitcomb marchait à grands pas, précédant Malko. Ils traversèrent deux cours, plusieurs couloirs, pour s’arrêter finalement devant une porte vitrée gardée par un policier chinois qui salua le colonel avec la raideur d’un horse-guard. Ce dernier ouvrit la porte et s’effaça pour laisser passer Malko. Il sembla à celui-ci qu’une discrète lueur d’ironie brillait au fond de l’œil bleu.

La pièce, aux murs ripolinés blancs, comme une salle d’attente d’hôpital, était nue, à l’exception d’un banc de bois.



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