Trois femmes y étaient assises, des Chinoises, un peu écartées les unes des autres, comme si elles n’avaient pas voulu se parler, les yeux baissés et les mains croisées sur les genoux. Toutes les trois en blanc, couleur de deuil, en Chine.

Celle de gauche pouvait avoir trente-cinq ans, était coiffée avec une natte traditionnelle et portait un cheong-sara de coton immaculé, mettant en valeur une poitrine peu courante chez les femmes de sa race. Elle froissait dans ses mains un petit mouchoir et ses yeux étaient rouges de larmes. Son regard effleura Malko et elle laissa sa tête retomber.

Il resta en arrêt devant sa voisine. Il avait rarement vu un visage d’une telle beauté. Lisse et rond, un peu comme une Thaïlandaise, un nez à peine épaté, des lèvres délicatement ourlées, des cheveux sombres et fins tombant en cascade sur les épaules. Sans le regard, on aurait pu la prendre pour une très jeune fille, très innocente. Mais les yeux marron étaient durs et vides, comme si toute la laideur du monde s’y était reflétée. Son regard traversa Malko comme s’il avait été un morceau de bois et se fixa sur le colonel Whitcomb, sans aménité. Malko s’attarda à la détailler. Son pantalon de soie blanche et son chemisier presque transparent juraient presque comiquement avec le vêtement classique de sa voisine. Elle avait des membres fins, presque grêles et une taille incroyablement mince.

Au moment où il posait les yeux sur elle, la troisième se leva, comme mue par un ressort, et apostropha en chinois le colonel Whitcomb d’une voix acerbe. Elle était beaucoup plus jeune. Son pantalon et sa tunique à col officier étaient coupés dans un tissu raide et rugueux, sans la moindre recherche d’élégance. Elle n’était pas maquillée et son visage volontaire et dur ressemblait à un museau de pékinois. Parfaitement à l’unisson de sa voix. L’Anglais lui imposa silence d’une phrase brève en chinois et pointa son doigt sur la banquette avec un sourire ironique pour Malko.



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