
— Je vous présente Mme Cheng Chang.
Son doigt décrivit un arc de cercle et désigna la beauté du milieu.
— Également Mme Cheng Chang.
Il termina sur la Chinoise au mouchoir qui leva les yeux en entendant prononcer le nom du Chinois.
— Et encore Mme Cheng Chang.
Sale truc ! pensa Malko. Voilà pourquoi le colonel lui montrait tant de sollicitude.
— Vous voulez dire que ces trois femmes prétendent toutes les trois être la veuve de M. Cheng Chang, demanda-t-il.
— Exactement ! fit le colonel en détachant chaque syllabe.
La veuve aux socquettes blanches se leva d’un bond et repartit dans sa diatribe en chinois. Cette fois Whitcomb la laissa parler. Puis traduisit pour Malko.
— Celle-ci me disait justement que les deux autres sont des putains issues de l’union d’un œuf pourri et d’une mandragore. Et qu’elle est la seule véritable épouse de feu Cheng Chang.
— Mais…
Whitcomb haussa ses maigres épaules : son regard n’avait plus aucune expression.
— Les autres disent la même chose. Et elles peuvent aussi le prouver… Regardez.
Il s’adressa aux trois femmes en chinois.
Avec un ensemble touchant, elles sortirent de leurs sacs une carte d’identité qu’elles tendirent au colonel. Celui-ci les prit et les tendit à Malko.
— Regardez.
C’était des documents en chinois. Mais Malko n’eut aucun mal à reconnaître les caractères similaires qui accompagnaient les trois photos. Les trois cartes correspondaient à la même identité ! Perplexe, il rendit les papiers au colonel.
— Vous n’avez donc aucun moyen de vérifier s’il s’agit de faux papiers ?
L’Anglais s’autorisa un discret ricanement.
— À Hong-Kong, dit-il en détachant chaque mot, un extrait de naissance coûte trois mille dollars – cinq cents dollars US. Et comme les pièces sont établies par les employés de l’état civil, elles sont aussi authentiques que les vraies. Nous avons tant de réfugiées. Ces trois femmes prétendent être nées respectivement à Canton, à Tchoung-king et à Hou-tchéou. Vous allez peut-être pouvoir m’aider, puisque vous connaissiez leur mari.
