
— Avez-vous une idée de la raison pour laquelle ces femmes réclament toutes les trois le corps de ce pauvre Cheng Chang ?
— Pas plus que de la raison pour laquelle vous le réclamez.
Avec un ensemble touchant, les trois veuves levèrent la tête. Malko eut l’impression désagréable d’être une mouche sur une plaque de verre.
En tout cas, elles comprenaient toutes les trois l’anglais. Malko comprenait maintenant pourquoi le colonel l’avait mis en présence des trois veuves.
— Je ne connais aucune de ces trois femmes, affirma-t-il. Mais cela ne veut rien dire car nous n’avions que des rapports épistolaires. Je ne l’avais jamais rencontré.
Le colonel Whitcomb approuva avec une grande et soudaine bonhomie, puis dit, comme pour lui-même :
— Je n’ai aucune raison de mettre votre parole en doute, sir, mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi tant de gens s’intéressent soudain à ce Cheng Chang qui, d’après nos renseignements, n’était ni très riche, ni très important. Ces passions d’outre-tombe me laissent perplexe, je l’avoue.
Malko était dans un beau pétrin. Comme opération discrète c’était réussi. Maintenant les trois Chinoises le regardaient avec l’air gourmand d’un chat qui va croquer un canari boiteux. Le colonel Whitcomb fouettant distraitement ses socquettes blanches de son stick, semblait particulièrement jouir de la situation. Une au moins de ces trois femmes, devait connaître le secret de Cheng Chang. Il s’agissait de s’en faire une alliée. Si on avait supprimé Cheng Chang avec quarante-six autres personnes, c’est que Max l’ordinateur avait raison.
On ne tue jamais inutilement dans le Renseignement.
