— Que comptez-vous faire de ces trois femmes ? demanda Malko.

L’Anglais émit un bruit qui eût passé dans certains clubs très sélects pour un rire :

— Je pourrais évidemment vous demander de patienter avec elles dans cette pièce jusqu’à ce que nous ayons tiré cette affaire au clair, mais ce ne serait pas très agréable pour vous.

— Je ne pense pas, admit Malko, imperturbable.

Le colonel Whitcomb jouait au chat et à la souris. Heureusement que les USA et la Grande-Bretagne, étaient en théorie, des alliés ! Qu’est-ce que cela aurait été autrement…

— Je vais être simplement obligé, continua l’Anglais, de les renvoyer.

De nouveau, il tint un long discours en chinois. Sa maîtrise de la langue était étonnante. En fermant les yeux, Malko aurait cru entendre un autochtone.

Les trois femmes ne répondirent pas au discours du colonel. Simplement, elles se levèrent et sortirent de la pièce à la queue leu leu, la Chinoise en tunique grossière ouvrant la marche. Le colonel contemplait le spectacle mi-ironique, mi-sérieux. Quand il fut seul avec Malko, il remarqua :

— Les Jaunes sont décidément imprévisibles. Votre présence semble les avoir charmées.

Ce n’est pas le mot qu’eût employé Malko. Sans relever l’ironie, il suivit le colonel à travers les couloirs. Les trois veuves marchaient un peu devant eux, sans s’adresser la parole. Ils finirent tous devant la porte de Po-chang Street. Un marchand de soupe chinoise attendait accroupi, avec une grande marmite de cuivre. Ses jambes étaient encore plus maigres que celles du colonel Whitcomb.

Les trois veuves sortirent les premières, traversèrent la rue et s’immobilisèrent sur le trottoir d’en face. L’Anglais tendit la main à Malko.

— Je suis content de vous avoir rencontré, sir, dit-il d’une voix égale. J’espère que la disparition prématurée de M. Cheng Chang ne nuira pas trop au tournage de votre film. Et que votre séjour dans la colonie sera agréable. Méfiez-vous des pickpockets… Si nous avons du nouveau, je ne manquerai pas de vous le faire savoir.



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