Bien que je fusse impatient de partir, je m’arrêtai un instant. Peut-être l’Écrivain pourrait-il me servir de témoin pour ce nouveau voyage. En fait, me demandai-je alors, il se pouvait qu’il projetât déjà de transcrire mes précédentes aventures sous une forme pittoresque en vue d’une publication.

Si tel était le cas, il aurait ma bénédiction !

— Je n’ai besoin que d’une demi-heure, dis-je, calculant que je pourrais retourner en ces lieu et moment précis par une simple pression sur les manettes de commande de mon véhicule, indépendamment de la durée que j’assignerais à mon séjour dans l’avenir ou le passé.

« Je sais pourquoi tu es venu, et c’est terriblement aimable de ta part. Il y a ici quelques revues. Si tu prends le temps de déjeuner, je te prouverai jusqu’à la gauche la réalité de ce voyage temporel, avec des spécimens et tout le reste. Si tu le veux bien, je te quitte à l’instant.

Il y consentit. Je le saluai d’un signe de tête et, sans plus de cérémonie, m’engageai dans le corridor qui menait à mon laboratoire.

Ainsi pris-je congé du monde de 1891. Je n’ai jamais été homme à m’attacher profondément, et je n’aime pas les adieux maniérés, mais, si j’avais su que je ne reverrais jamais l’Écrivain – du moins, pas en chair et en os –, j’imagine que j’y aurais mis un peu plus de cérémonial !


J’entrai dans mon laboratoire. Sa disposition rappelait quelque peu un atelier d’usinage. Il y avait un tour à vapeur accroché au plafond, qui entraînait diverses machines similaires par l’intermédiaire de courroies de cuir ; au sol, fixés sur des établis, se trouvaient des tours plus petits, une machine à emboutir, des presses, des nécessaires de soudure à acétylène, des étaux et autres outils.



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