
Les termes techniques n’auraient rien évoqué pour eux, le médecin ne l’ignorait pas ; ils n’auraient fait qu’accroître l’abîme qui séparait les simples parents de l’ingénieur submoléculaire.
— C’était une remarque stupide, dit Lizbeth, le… C’est un organisme si primitif, ce n’est pas encore vraiment un humain. Elle transmit à Harvey par l’intermédiaire des mains : Quel imbécile ! On lit en lui comme dans un livre.
La pluie dansait la sarabande sur la verrière. Svengaard attendit avant de répondre :
— Ah ! mais ne nous y trompons pas, et il pensa que le moment était opportun pour assener à ces idiots une leçon de catéchisme. Quoique votre embryon ait moins de trois heures, il contient déjà tous les enzymes nécessaires à son parfait développement ; c’est un organisme extrêmement complexe.
Harvey contemplait avec un respect affecté la sommité capable de comprendre les mystères du façonnement et du modelage de la vie.
Lizbeth reporta son regard sur l’éprouvette.
Deux jours auparavant, des gamètes sélectionnés sur Harvey et sur elle-même avaient été réunis, mis en stase et acheminés vers une mitose relative. Le processus avait donné naissance à un embryon viable, phénomène peu ordinaire dans ce monde où seuls quelques individus triés sur le volet échappaient au gaz contraceptif et étaient autorisés à donner la vie, dans ce monde où seul un petit nombre d’embryons s’avéraient viables.
Elle n’était pas censée comprendre la complexité du processus et il lui fallait dissimuler en permanence ce qu’elle savait. Ils – les Optimhommes génétiques du Centre – étouffaient dans l’œuf, avec la plus grande cruauté, la moindre atteinte à leur suprématie et ils considéraient le savoir dispensé mal à propos comme l’atteinte la plus grave.
