
Il l’avait connue en accompagnant Hortense chez le coiffeur,le jour anniversaire de ses douze ans. Mylène avait été si impressionnée parl’aplomb de la petite fille qu’elle lui avait offert des soins de manucure.Hortense lui avait abandonné ses mains comme si elle lui accordait unprivilège. « C’est une altesse royale, votre fille », lui avait-elledit quand il était venu la chercher. Depuis, quand elle avait le temps, ellepolissait les ongles de l’enfant et Hortense repartait, les doigts écartés, ense mirant dans ses ongles brillants.
Il se sentait bien avec Mylène. C’était une petite blondevive, crémeuse à souhait. Avec de ces pudeurs, de ces timidités qui lemettaient à l’aise et lui donnaient de l’assurance.
Il décrocha ses costumes, tous de la meilleure coupe, tousde la plus belle étoffe. Oui, il avait eu de l’argent, pas mal d’argent. Ilavait aimé le dépenser. « Et j’en aurai encore, dit-il tout haut. Àquarante ans, mon vieux, ta vie n’est pas finie ! Pas finie dutout ! » Sa valise fut vite faite. Il fit cependant semblant dechercher des boutons de manchettes en râlant bruyamment dans l’espoir queJoséphine allait l’entendre et viendrait le supplier de rester.
Il avança dans le couloir et s’arrêta à l’entrée de lacuisine. Il attendit, espérant encore qu’elle allait faire un pas vers lui,esquisser une réconciliation… Puis comme elle ne bougeait pas et lui tournaitle dos, il déclara :
— Eh bien… ça y est ! Je m’en vais…
— Très bien. Tu peux garder les clés. Tu as sûrementoublié des affaires et tu devras revenir les chercher. Préviens-moi que je nesois pas là. Ça vaudra mieux…
— Tu as raison, je les garde… Que vas-tu dire auxfilles ?
— Je ne sais pas. Je n’y ai pas pensé…
