
— Je préférerais être là quand tu leur parleras…
Elle ferma le robinet d’eau, s’appuya contre l’évier et, luitournant toujours le dos, dit :
— Si tu n’y vois pas d’inconvénient, je leur dirai lavérité. Je n’ai pas envie de mentir… C’est suffisamment pénible comme ça.
— Mais tu vas leur dire quoi ? demanda-t-il,angoissé.
— La vérité : papa n’a plus de travail, papa ne vapas bien, papa a besoin de prendre l’air, alors papa est parti…
— Prendre l’air ? répéta-t-il en écho rassurant.
— Voilà ! On va dire ça comme ça. Prendre l’air.
— C’est bien, « prendre l’air »… C’est pasdéfinitif. C’est bien.
Il avait commis l’erreur de s’appuyer à la porte et lanostalgie l’envahissait à nouveau, le clouant sur place, le privant de tous sesmoyens.
— Va-t’en, Antoine. On n’a plus rien à se dire… Jet’en supplie, va-t’en !
Elle s’était retournée et lui montrait le sol des yeux. Ilsuivit son regard et aperçut sa valise à roulettes, posée à ses pieds. Ill’avait complètement oubliée. Alors c’était pour de vrai : ilpartait !
— Eh bien… Au revoir… Si tu veux me joindre…
— Tu m’appelleras… ou je laisserai un message au salonde Mylène. Je suppose qu’elle saura toujours où te trouver ?
— Et pour les plantes, il faut les arroser deux foispar semaine et mettre de l’engrais une…
— Les plantes ? Qu’elles crèvent ! C’est lecadet de mes soucis.
— Joséphine, s’il te plaît ! Ne te mets pas danscet état… Je peux rester si tu veux…
Elle le foudroya du regard. Il haussa les épaules, prit savalise et se dirigea vers la porte.
Alors elle se mit à pleurer. Accrochée au rebord de l’évier,elle pleura, elle pleura. Son dos était secoué de sanglots. Elle pleura d’abordsur le vide que cet homme allait laisser dans sa vie, seize ans de vie commune,son premier homme, son seul homme, le père de ses deux enfants. Puis elle
