gagné la possibilité de réaliser un moyen-métrage de trente minutes. À la finde chaque année, les deux meilleurs étudiants se voyaient allouer un budgetpour tourner un film. Iris avait été l’un des deux. L’autre lauréat, un jeuneHongrois, géant ténébreux et hirsute, avait profité de la cérémonie de remisedes prix pour l’embrasser en coulisses. L’anecdote était restée dans lesannales de la famille. L’avenir d’Iris s’inscrivait en lettres blanches sur lescollines d’Hollywood. Et un jour, sans crier gare, sans que personne n’aitprévu ce retournement, Iris s’était mariée. Elle avait à peine trente ans,revenait des États-Unis où elle avait remporté un prix au festival de Sundance,prévoyait de réaliser un long-métrage dont on disait le plus grand bien. Unproducteur avait donné un accord de principe et… Iris avait renoncé. Sansfournir aucune explication ; elle ne se justifiait jamais. Elle étaitrentrée en France et s’était mariée.

En voile blanc, devant le maire et le curé. Le jour de sonmariage, la salle de la mairie affichait complet. Il fallut rajouter deschaises et tolérer que certains s’agrippent au rebord des fenêtres. Chacunretenait son souffle, s’attendant à ce qu’elle envoie voler sa robe etapparaisse toute nue en criant « C’était pour rire ! ». Commedans un film.

Rien de la sorte ne se produisit.

Elle semblait prise et éprise. D’un certain Philippe Dupinqui ronronnait dans son habit queue-de-pie. « Qui c’est, quic’est ? » demandaient les invités en le dévisageant à la dérobée.Personne ne le connaissait. Iris racontait qu’ils s’étaient rencontrés dans unavion et que cela avait été « love at first sight ». Belhomme, ce Philippe Dupin. Manifestement, à constater les regards gourmands queles femmes posaient sur lui, l’un des plus beaux hommes que la Terre aitproduits ! Il dominait la foule des amis de sa femme avec une nonchalanceempreinte d’un dédain amusé. « Mais qu’est-ce qu’il fait ? Il est dans



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