
Iris déclara qu’elle s’en fichait comme de sa premièretétine et décida de se vouer corps et âme à son mari.
Philippe Dupin était un homme congestionné de certitudes. Ilavait monté son propre cabinet de droit international des affaires puis s’étaitassocié à plusieurs grands ténors de la place de Paris, Milan, New York etLondres. C’était un avocat retors qui n’aimait défendre que les casimpossibles. Il avait réussi et ne pouvait comprendre que tout le monde ne seconduise pas comme lui. Sa devise était lapidaire : « Quand on veut,on peut. » Il l’articulait en se renversant dans son grand fauteuil encuir noir, étirait les bras et faisait craquer ses phalanges en regardant soninterlocuteur comme s’il énonçait une vérité première.
Il avait fini par déteindre sur Iris, qui avait rayé de sonvocabulaire les mots : doute, angoisse, hésitation. Iris était devenue,elle aussi, enthousiaste et définitive. Un enfant obéissait et brillait àl’école, un mari gagnait de l’argent et entretenait sa famille, une femmetenait sa maison et faisait honneur à son mari. Iris demeurait belle, alerte etséduisante, alternait séances de massage et jogging, pétrissage du visage ettennis au Racing. Elle était oisive, certes, mais « il y a les femmes àl’oisiveté encombrée et celles à l’oisiveté maîtrisée. C’est tout unart », affirmait-elle. Il était évident qu’elle se rangeait dans laseconde catégorie et éprouvait le plus profond mépris pour les oisivesdébordées.
