
Il se leva, s’étira en se frottant la poitrine et décida dese servir un petit verre bien que ce ne soit pas l’heure. D’ordinaire, ilprenait un apéritif vers six heures dix, le soir, en regardant « Questionspour un champion ». L’émission de Julien Lepers était devenue unrendez-vous qu’il attendait avec impatience. Il était contrarié s’il lamanquait. Dès dix-sept heures trente, il attendait. Il avait hâte de se mesureraux quatre champions qu’on lui proposerait. Il attendait aussi de savoir quelleveste le présentateur porterait, avec quelle chemise, quelle cravate ill’assortirait. Il se disait qu’il devrait tenter sa chance et s’inscrire. Il sele disait chaque soir, mais n’en faisait rien. Il aurait dû passer des épreuveséliminatoires et il y avait dans ces deux mots quelque chose qui le chagrinait.
Il souleva le couvercle d’un seau à glace, prit délicatementdeux glaçons, les laissa tomber dans un verre, y versa du Martini blanc. Il sebaissa pour ramasser un fil sur la moquette, se releva, trempa ses lèvres dansle verre, émit des petits bruits de lèvres mouillées pour exprimer sasatisfaction.
Chaque matin, il jouait aux échecs. Chaque matin, il suivaitla même routine. Levé à sept heures en même temps que les enfants,petit-déjeuner avec toasts de pain complet, grillés thermostat quatre,confiture d’abricots sans sucre ajouté, beurre salé et jus d’orange fraîchementpressé à la main. Puis trente minutes de gymnastique, des exercices pour ledos, le ventre, les pectoraux, les cuisses. Lecture des journaux que lesfilles, chacune son tour, allaient lui chercher avant de partir pour l’école,étude attentive des petites annonces, envoi de CVquand une offre lui semblait intéressante, douche, rasage au rasoir mécanique,avec savon qui mousse sous le blaireau, choix des vêtements pour la journée et,enfin, partie d’échecs.
