
Le choix des vêtements était le moment le plus éprouvant dela matinée. Il ne savait plus comment s’habiller. En tenue de week-end,légèrement décontractée, ou en costume ? Un jour où il avait enfilé unjogging à la hâte, sa fille aînée, Hortense, lui avait dit : « Tu netravailles pas, papa ? Tu es tout le temps en vacances ? Moi, j’aimequand tu es beau, avec une belle veste, une belle chemise et une cravate. Neviens plus jamais me chercher à l’école habillé en survêtement » et puis,se radoucissant car ce matin-là, ce premier matin où elle lui avait parlé surce ton, il avait blêmi… elle avait ajouté : « C’est pour toi que jedis ça, mon papa chéri, pour que tu restes le plus beau papa du monde. »
Hortense avait raison, on le regardait différemment quand ilétait bien habillé.
La partie d’échecs terminée, il arrosait les plantesaccrochées au rebord du balcon, arrachait les feuilles mortes, taillait lesvieilles branches, vaporisait de l’eau sur les nouveaux bourgeons, retournaitle terreau des pots à l’aide d’une cuillère et répandait de l’engrais quand ille fallait. Un camélia blanc lui donnait bien du souci. Il lui parlait,s’attardait à le soigner, essuyait chaque feuille.
Tous les matins, depuis un an, c’était la même routine.
Ce matin-là, cependant, il avait pris du retard sur sonhoraire habituel. La partie d’échecs avait été ardue, il devait faire attentionà ne pas se laisser entraîner ; c’est difficile quand on n’a pasd’occupation. Ne pas perdre le sens du temps qui passe et se dépense sans qu’ony fasse attention. Fais gaffe, Tonio, se dit-il, fais gaffe. Ne te laisse pasaller, reprends-toi.
Il avait pris l’habitude de parler tout haut et fronça lessourcils en s’entendant s’apostropher. Pour rattraper le temps perdu, il décidade négliger les plantes.
