se pencha pour en apercevoir le titre Le Chevalier, la femme et le prêtre.Joséphine travaillait sur la table de la cuisine. Ce qui, autrefois, était unà-côté, les faisait vivre maintenant. Chercheuse au CNRS, spécialisée dans le domaine des femmes au XIIe siècle ! Auparavant,il ne pouvait s’empêcher de se moquer de ses recherches, il en parlait avec condescendance,« ma femme qui est passionnée d’histoire, mais du XIIe siècle uniquement ! Ah !Ah ! Ah… » Il trouvait que cela faisait un peu bas-bleu. Pas trèssexy, le XIIe siècle, machérie, disait-il en lui pinçant les fesses. « Mais c’est à cette époqueque la France a basculé dans la modernité, le commerce, la monnaie,l’indépendance des villes et… »

Il l’embrassait pour la faire taire.

Aujourd’hui, le XIIe siècleles nourrissait. Il se racla la gorge afin qu’elle se tourne vers lui. Ellen’avait pas pris le temps de se coiffer, un crayon retenait ses cheveux sur lehaut du crâne.

— Je vais faire un tour…

— Tu reviens déjeuner ?

— Je ne sais pas… Fais comme si je ne revenais pas.

— Pourquoi ne pas le dire tout de suite !

Il n’aimait pas les affrontements. Il aurait mieux valuqu’il sorte en criant « je m’en vais, à tout de suite ! » ethop ! il était dans l’escalier et hop ! elle restait avec sesquestions dans le gosier et hop ! il n’avait plus qu’à inventer n’importequoi quand il rentrait. Parce qu’il rentrait toujours.

— Tu as lu les petites annonces ?

— Oui… Rien d’intéressant aujourd’hui.

— Il y a toujours du travail pour un homme qui veuttravailler !

Du travail, oui mais pas n’importe lequel, pensa-t-il sansle lui dire car il connaissait déjà la suite de leur dialogue. Il aurait dûpartir, mais il restait aimanté au chambranle.

— Je sais ce que tu vas me dire, Joséphine, je le saisdéjà.

— Tu le sais, mais tu ne fais rien pour que ça change.Tu pourrais faire n’importe quoi, juste pour mettre un peu de beurre dans lesépinards…



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