Il pouvait continuer leur dialogue, il le connaissait parcœur, « gardien de piscine, jardinier dans un club de tennis, vigile denuit, pompiste dans une station d’essence… » mais ne retint que le mot« épinards ». Cela sonnait drôle, ce mot, dans une recherched’emploi.

— Tu peux sourire ! marmonna-t-elle en le piquantdu regard. Je dois te paraître bien terre à terre à parler de gros sous !Monsieur veut un tas d’or, monsieur ne veut pas se fatiguer pour rien, monsieurveut de l’estime et de la considération ! Et pour le moment, monsieur n’aqu’un seul moyen d’exister : aller rejoindre sa manucure !

— Tu parles de quoi, Joséphine ?

— Tu sais très bien de qui je parle !

Elle était maintenant complètement tournée vers lui, lesépaules redressées, un torchon noué autour du poignet ; elle le défiait.

— Si tu fais allusion à Mylène…

— Oui, je fais allusion à Mylène… Tu ne sais pas encoresi elle fait une pause pour le déjeuner ? C’est pour ça que tu ne peux pasme répondre ?

— Jo, arrête… Ça va mal finir !

C’était trop tard. Elle ne pensait plus qu’à Mylène et àlui. Qui donc l’avait mise au courant ? Un voisin, une voisine ? Ilsne connaissaient pas grand monde dans l’immeuble mais, quand il s’agit demédire, on se fait vite des copains. On avait dû l’apercevoir entrer dansl’immeuble de Mylène, deux rues plus loin.

— Vous allez déjeuner chez elle… Elle t’aura préparéune quiche avec une salade verte, un repas léger parce que, après, elle reprendle travail, elle…

Elle grinça des dents en appuyant sur le « elle ».

— Et puis vous ferez une petite sieste, elle tirera lesrideaux, se déshabillera en jetant ses vêtements par terre et te rejoindra sousla couette en piqué blanc…

Il l’écoutait, stupéfait. Mylène avait une épaisse couetteen piqué blanc sur son lit. Comment le savait-elle ?



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