
— Tu es allée chez elle ?
Elle éclata d’un rire mauvais et resserra le nœud du torchonde sa main libre.
— Ah, j’avais raison. Le piqué blanc, ça va avectout ! C’est beau, c’est pratique.
— Jo, arrête !
— Arrête quoi ?
— Arrête d’imaginer ce qui n’existe pas.
— Parce qu’elle n’a pas de couette en piqué blanc,peut-être ?
— Tu devrais écrire des romans, toi : tu asbeaucoup d’imagination…
— Jure-moi qu’elle n’a pas de couette en piqué blanc.
La colère l’envahit soudain. Il ne la supportait plus. Il nesupportait plus son ton de maîtresse d’école, toujours à lui reprocher quelquechose, à lui dire quoi faire, comment faire, il ne supportait plus son dosarrondi, ses vêtements sans forme ni couleur, sa peau rougie par le manque desoins, ses cheveux châtains, fins et mous. Tout, chez elle, sentait l’effort etla parcimonie.
— Je préfère partir avant que cette discussion ne nousemmène trop loin !
— Tu vas la retrouver, hein ? Aie au moins lecourage de dire la vérité puisque tu n’as plus celui de chercher du travail,fainéant !
Ce fut le mot en trop. Il sentit la colère lui bloquer lefront et taper sur ses tempes. Il cracha les mots pour ne pas avoir à lesreprendre :
— Eh bien, oui ! Je la retrouve chez elle, tousles jours à midi et demi. Elle me fait chauffer une pizza et on la mange, dansson lit sous la couette en piqué blanc ! Après, on écarte les miettes, jedéfais son soutien-gorge, en piqué blanc aussi, et je l’embrasse partout,partout ! T’es satisfaite ? Fallait pas me pousser, je t’avaisprévenue !
— Moi non plus, faut pas me pousser ! Si tu parsla retrouver, inutile de revenir. Tu fais ta valise et tu disparais. Ce serapas une grande perte.
Il s’arracha au chambranle de la porte, tourna les talonset, tel un somnambule, gagna leur chambre. Il extirpa une valise de sous lelit, la posa sur le dessus-de-lit et commença à la remplir. Il vida ses trois
