
Et, ricanant stupidement, les gendarmes emmenèrent Blaireau ivre de rage.
CHAPITRE VI
Dans lequel le lamentable record de Silvio Pellico ne risque point d’être battu (Qu’on n’aille pas crier à l’invraisemblance de la description qui va suivre! Certaines prisons départementales ressemblent en effet beaucoup plus à des pensions de famille qu’à de hideuses geôles (A. A.)).La maison d’arrêt de Montpaillard est ce qu’on peut appeler une bonne prison.
Son directeur M. Bluette, homme jeune encore, quoique ayant beaucoup vécu, en est à son premier poste dans cette carrière administrative et ses chefs sont unanimes à ne lui prédire aucun avancement, tant il apporte d’indulgence et d’humanité à l’exercice de ses fonctions.
M. Bluette a eu beau faire, il n’a pu s’entraîner à considérer ses détenus comme des gens dangereux ou même méprisables; pour lui, ce sont des malchanceux, des guignards, et il connaît, sur l’asphalte parisien, maintes fripouilles en liberté autrement redoutables que tous ses pauvres diables de pensionnaires.
Comme tous les gens vraiment bien élevés, M. Bluette est poli envers tout le monde, que ce soit le plus déjeté de ses prisonniers ou le plus général de ses inspecteurs, et même s’il y avait une petite différence, elle serait plutôt en faveur du détenu.
Aussi est-il adoré de tous ses administrés qui se mettraient en quatre pour lui faire plaisir.
Son grand système consiste à occuper ses hommes aux travaux qu’ils exerçaient avant leur incarcération.
(Nous ne parlons pas, naturellement, des besognes extra-légales qui leur valurent d’être condamnés par la justice de leur pays.)
À la prison de Montpaillard, les ex-menuisiers font de la menuiserie, les ex-cordonniers confectionnent ou réparent des chaussures.
