Il y eut même pendant quelque temps un ancien concierge qui ouvrait la porte de la prison.


Indélicat, malheureusement, comme beaucoup d’anciens concierges, un soir cet individu ouvrit la porte pour son propre compte et négligea de rentrer bien que son temps de prison ne fût pas intégralement accompli.


Cette petite mésaventure n’exerça aucune influence sur M. Bluette qui continua l’application de son système, dans les limites du possible, bien entendu, car souvent surgissaient des difficultés. Exemple:


– Que faisiez-vous, mon ami, avant votre condamnation?


– J’étais aéronaute, monsieur je montais en ballon dans les foires.


– Diable! Je ne vois guère le moyen de vous utiliser dans cette branche, pour le moment.


– Le fait est que c’est un peu bas de plafond ici.


Et l’homme ajouta, non sans toupet:


– Dans votre jardin, là… vous ne pourriez pas?… Je me contenterais d’un ballon captif, bien entendu.


– J’y songerai.


Quand Blaireau fit son entrée, ou plutôt sa rentrée dans l’établissement de M. Bluette, ce dernier fut tout de suite conquis par la physionomie pittoresque de son nouveau pensionnaire, lequel était un homme maigre, osseux, avec de longs bras de singe, et, en somme, un air «très bon garçon» qu’il devait à des yeux souriants et à une grande bouche grillagée de dents magnifiques.


Au cours du trajet entre le tribunal et la prison, Blaireau s’était calmé.


Trois mois à l’ombre, eh bien, quoi! on n’en meurt pas. Justement, le printemps s’annonçait pluvieux, un de ces sales printemps pendant lesquels on a plutôt envie de rester couché que d’aller se promener dans les bois.


Tout de même, cet imbécile de Parju qui prétendait l’avoir reconnu! Celui-là, il ne le raterait pas à sa sortie, oh! non, il ne le raterait pas!



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