
Il avait trois mois de réflexion pour lui préparer un bon tour, et il lui en trouverait un et un soigné, nom d’un chien!
Vieille crapule de Parju, va, attends un peu!
M. Bluette posait à Blaireau sa question habituelle:
– Dites-moi, mon ami, que faisiez-vous avant votre condamnation?
Blaireau arbora un air des plus détachés et répondit:
– Je bricolais.
– Eh bien! mon ami, vous continuerez à bricoler ici. Dans une prison, il y a toujours de quoi occuper un homme qui bricole.
– Entendu, monsieur le directeur, fit Blaireau tout à fait conquis, je bricolerai de manière à vous donner toute satisfaction.
– J’espère, mon cher Blaireau, que pendant les trois mois que le gouvernement de la République vous confie à mes soins, nous n’aurons ensemble que d’excellents rapports.
– J’y compte bien aussi, monsieur le directeur… Et puis, je vous promets que vous n’aurez pas affaire à un ingrat. Aimez-vous le gibier?
– Blaireau, notre conversation prend un tour brûlant…
«Abordons un sujet moins dangereux: ainsi donc, cher ami, vous avez battu un garde champêtre; c’est très drôle, savez-vous.
– C’est très drôle, en effet, monsieur le directeur; mais ce qui est moins drôle, c’est que je n’ai battu personne et que j’ai été condamné tout de même, car, tel que vous me voyez, monsieur le directeur, je suis innocent.
– Ah! non, Blaireau, s’écria Bluette qui trouvait, malgré son indulgence générale, une telle prétention un peu excessive… Ah! non, je vous en prie, ne me la faites pas à l’erreur judiciaire! vous cesseriez de m’intéresser.
– Alors, bon, c’est entendu, fait Blaireau, qui a retrouvé toute sa philosophie. C’est entendu, j’ai fichu une volée au père Parju, je lui ai arraché sa plaque, et tout, et tout! voulez-vous que j’avoue aussi que j’ai assassiné Louis XIV pendant que j’y suis? Moi, ça m’est égal!…
