
Intense avait été l’émotion d’Arabella lorsqu’elle apprit de la propre bouche de M. Dubenoît le drame qui s’était joué la nuit sur les murs du parc de Chaville!
Le maire de Montpaillard pouvait s’égarer sur une fausse piste, mais elle ne se trompait pas. Elle savait pourquoi un soi-disant malfaiteur avait tenté de pénétrer nuitamment dans sa demeure. Est-ce qu’une des dernières lettres qu’elle avait reçues ne contenait pas ces mots: «Les murs du parc ne m’arrêteront pas.» Et ces mots éclairèrent le drame. Les murs du parc ne l’avaient pas arrêté. Heureusement ou malheureusement – Arabella était embarrassée dans le choix entre ces deux adverbes – le garde champêtre avait entravé une tentative sinon criminelle, du moins hardie.
La brusque cessation de la correspondance amoureuse à la suite de l’arrestation de Blaireau ne laissa plus aucun doute dans l’esprit d’Arabella. Le «désespéré» était évidemment cet audacieux Blaireau qui n’avait pas reculé devant une nocturne escapade! «L’homme qui l’aimait dans l’ombre» était un braconnier fameux dans le pays dont elle avait souvent entendu parler par M. le maire de Montpaillard, mais qu’elle ne se rappelait pas avoir rencontré. En tout cas, sa figure lui échappait.
C’était, certes, une désillusion pour notre héroïne, mais il fallait se rendre à l’évidence. Elle soupira en pensant au beau, mais un peu vague gentilhomme que son imagination avait créé de toutes pièces et auquel il ne manquait plus que le nom.
Oui, elle gémit de renoncer à son roman, mais elle se sentit cependant incapable de la moindre animosité contre le ver de terre qui avait osé s’éprendre d’elle et risquer le bagne pour la conquérir. (Elle préférait songer qu’il avait risqué le bagne et non simplement quelques jours de prison.) «Je ne peux pas l’aimer, certes, mais je ne l’abandonnerai pas, se dit-elle. Il serait odieux que je ne m’intéresse pas au sort d’un garçon qui a été condamné à cause de son amour pour moi.
