
Dire que Blaireau n’eut jamais l’idée de prendre le passe-partout des champs serait mentir mais, âme loyale, il sut ne point mésuser de la confiance témoignée et, régulièrement, on les voyait rentrer, sa matelote ou friture et lui, à l’heure dite.
Ainsi s’écoula le trimestre, fort peu cellulaire, en somme, de Blaireau.
C’est le matin, notre captif se lève, le cœur tout à la joie.
Le jour que voici, c’est son dernier jour de geôle: ce soir il se couchera au grand soleil de la liberté, si j’ose nous exprimer ainsi.
Blaireau rayonne…
Hélas! Blaireau, il était dit que ton rude calvaire n’était point gravi jusqu’à son faîte!
CHAPITRE VII
Dans lequel un drame demeuré des plus obscurs jusqu’à ce jour apparaîtra limpide comme eau de roche.Revenons, s’il vous plaît, mesdames et messieurs qui me faites l’honneur de me lire, revenons chez les Chaville, dans ce parc au sein duquel s’élabora le début de ce récit.
Maintenant il est 5 heures, le mercure du thermomètre a regagné un étiage plus raisonnable.
Pendant que la famille de Chaville et leurs invités devisent de choses et d’autres, Mlle Arabella rejoint son professeur de gymnastique, M. Jules Fléchard, qui l’attend depuis quelques minutes.
– Bonjour monsieur Fléchard.
– Mademoiselle Arabella, j’ai le grand honneur de vous saluer.
– Je vous demande pardon de vous avoir fait revenir, monsieur Fléchard. Nous avions du monde…
– Je sais, mademoiselle, mais peu importe. L’essentiel, c’est que je suis revenu. J’ai cru un instant que vous ne prendriez pas votre leçon aujourd’hui et j’en étais profondément navré.
– Vous vous navrez pour peu, monsieur Fléchard. Une leçon perdue n’est pas une grande affaire.
– Pardon, mademoiselle, pour moi, c’est une grande affaire.
