
– Je ne vois pas en quoi, puisque vous êtes payé au mois.
– Ah! mademoiselle!
Et portant ses deux mains au cœur, Fléchard chancela comme s’il avait reçu un grand coup d’estocade en pleine poitrine.
– Quoi? Qu’avez-vous? fait Arabella inquiète.
– Il y a, mademoiselle, que vous venez de me faire bien du mal.
– Moi?
– Oui, vous, mademoiselle. vous venez de me causer un des plus grands chagrins de ma vie!
– Mais enfin, monsieur Fléchard, expliquez-vous!
Jules Fléchard semblait s’être ressaisi:
– Ce n’est pas la peine, mademoiselle. Ne parlons plus de cela, s’il vous plaît, et travaillons.
– Monsieur Fléchard, vous allez me dire ce que vous avez aujourd’hui. vous êtes tout drôle!
– Non, mademoiselle, je ne suis pas drôle, vous vous trompez, et je n’ai rien du tout. (D’un ton amer) D’ailleurs, ai-je le droit d’avoir quelque chose? Je suis payé au mois!
Arabella était désolée; assurément elle avait vexé le pauvre garçon.
– Mon cher monsieur Fléchard, soyez bien certain que je n’ai pas dit cela pour vous offenser.
– Offenser! Est-ce qu’on peut offenser un homme qui est payé au mois!
«J’ai la plus grande estime pour vous, et je ne me consolerais pas de vous avoir fait de la peine.
– Au mois! Payé au mois!
– Mais quel déshonneur monsieur Fléchard, y a-t-il donc à être payé au mois? Les ambassadeurs aussi sont payés au mois.
– Avec cette différence, mademoiselle, qu’ils sont payés beaucoup plus cher.
– Hé, qu’importent les appointements! Toutes les places se valent quand elles sont occupées par des hommes distingués, intelligents… comme vous, monsieur Fléchard.
– Vous dites cela, mademoiselle, et je vous remercie.
«N’empêche que vous accepteriez d’un ambassadeur des choses que vous ne supporteriez pas d’un professeur de gymnastique.
