– N’en croyez rien! Je ne suis pas une de ces femmes à préjugés.


– Oh! oh!


– Je vous l’affirme, monsieur Fléchard, et (d’un ton mystérieux) peut-être s’en apercevra-t-on bientôt.


– Tenez, mademoiselle, je vais vous faire une supposition, une petite supposition de rien du tout, si vous le permettez.


– Je vous le permets.


– Supposez qu’un homme, dans une position inférieure (car vous avez beau dire, il y a des positions inférieures), supposez que cet homme ose se permettre de lever les yeux sur une femme… comme vous, mademoiselle.


– Eh bien?


– Supposons qu’il se permette… de l’aimer! C’est alors qu’il y en aura une, de différence, entre lui et l’ambassadeur!


– Aucune, en ce qui me concerne. Moi, d’abord, je n’aimerai jamais qu’un homme romanesque comme moi, capable d’actions héroïques et dangereuses, un homme différent des autres, en un mot! Cet homme-là, qu’il soit ambassadeur ou professeur de gymnastique, je serai sa femme!


Ils étaient beaux à voir tous les deux, la demoiselle mûre frémissant d’une noble exaltation, le professeur de gymnastique avec, dans les yeux, la flamme, qui sait? de l’espoir suprême!


Fléchard reprit:


– Alors, mademoiselle, vous aimeriez un homme qui aurait risqué la prison pour vous, qui aurait risqué le déshonneur?


– Tout de suite!


– Un homme qui, pour vous, aurait failli tuer quelqu’un?


Un voile de tristesse passa sur le front d’Arabella.


– Ah! taisez-vous, monsieur Fléchard, vous me rappelez ce malheureux qui, pour me voir une seconde à la fenêtre de ma chambre, a presque assommé le garde champêtre, et qui gémit dans un cachot… jusqu’à demain.


– Blaireau! vous voulez parler de Blaireau?



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