
– Sans doute.
– Et vous supposez que c’est pour vous voir que ce Blaireau se disposait à escalader le mur du parc?
– Évidemment… À l’audience, on a dit qu’il venait voler des poules. Mais moi, je sais, je sais tout!
– Et alors?
– Alors… rien… je me suis contentée d’adoucir sa captivité en lui envoyant quelques petites douceurs, des confitures.
Fléchard eut un haut-le-corps:
– Des confitures!
– Du vin…
– Du vin!
– Des cigares…
– Des cigares!
Il murmura: «Crapule de Blaireau», puis:
– Et qu’est-ce qu’il disait, Blaireau, en recevant toutes ces denrées? Il les acceptait!
– J’ai tout lieu de le croire.
– Il mangeait les confitures? Il buvait le vin? Il fumait les cigares?
– Dame!
– Et le directeur de la prison tolérait toutes ces bombances?
– M. Bluette est très bon avec ses pensionnaires.
Jules Fléchard s’était redressé comme un homme qui vient de prendre une virile résolution.
– Mademoiselle Arabella de Chaville, j’ai quelque chose d’infiniment grave à vous communiquer.
– Qu’y a-t-il, mon Dieu?
– Ce Blaireau auquel vous semblez prendre un si vif intérêt, ce Blaireau est un imposteur!
– Que voulez-vous dire?
– Ce Blaireau, continua Fléchard avec force, n’avait droit ni à vos confitures, ni à votre vin, ni à vos cigares, ce Blaireau n’avait droit à aucune gracieuseté de votre part.
– Je ne comprends pas.
– Ce Blaireau est une canaille!… Il est innocent!
– Innocent?
– Parfaitement.
– Vous êtes fou, Fléchard!
– Non, mademoiselle, je ne suis pas fou. L’homme qui vous aime dans l’ombre, ce n’est pas lui!
