
– L’homme qui m’aime dans l’ombre! Comment connaissez-vous les termes de ces lettres brûlantes?
– Je les connais, mademoiselle, parce que c’est moi qui les ai écrites!
– Vous?
– Vous souvient-il de la lettre commençant par ces mots: «Toi qui es une âme d’élite», et finissant par ceux-ci: «L’amour me dévore», et cette autre où je vous disais: «Trois fois par semaine je soufre un peu moins.»
– Oui, je ne me suis même jamais bien expliqué ce détail.
– C’était les trois fois par semaine où je vous donnais votre leçon de gymnastique.
– Mon Dieu! mon Dieu! Alors, mon pauvre Fléchard, c’était donc vous?
– C’était moi, mademoiselle, moi qui n’ai pas hésité une seconde à laisser condamner un innocent à ma place pour ne pas cesser de vous voir, de vous entendre…
– Et c’est vous qui avez assommé ce pauvre Parju? Qui aurait pu croire?…
– Oh! j’ai l’air chétif, comme ça, mais je suis nerveux, terriblement nerveux! Ce soir-là, j’aurais tué dix hommes!
– Pourquoi ne m’avez-vous plus écrit à partir de ce jour?
– Le remords!… La peur de vous compromettre… que sais-je?
– Ainsi donc, le mystérieux inconnu…
– C’était moi… Et maintenant, mademoiselle, il ne me reste plus qu’à vous demander humblement pardon, et… à m’en aller sans doute.
Il y eut un silence.
Chacun d’eux, les yeux baissés, semblait la proie d’une émotion contenue. Comme Fléchard faisait le geste de partir Arabella commanda d’une voix douce:
– Restez, Fléchard.
Fléchard baisa la main qu’on lui tendait.
CHAPITRE VIII
Dans lequel, grâce au mauvais vouloir d’un partisan de l’ordre, plusieurs personnes dévouées ne sont pas fichues de trouver la moindre pauvre victime à soulager.Soyons discrets.
