
Camille posa sa main sur les cheveux blonds du Canadien, tout en gardant un œil sur le viseur.
– Lawrence, dit-elle, il y a eu du mouvement. Apprête-toi à les défendre.
Lawrence l'interrogea à son habitude, d'un simple mouvement de menton.
– Mardi, ils ont retrouvé quatre brebis égorgées à Ventebrune, et hier matin, neuf autres déchiquetées à Pierrefort.
– God, souffla Lawrence. Jésus Christ. Bullshit.
– C'est la première fois qu'ils s'aventurent si bas.
– Deviennent plus nombreux.
– Je l'ai su par Julien. C'est passé aux informations, ça devient sujet national. Les éleveurs ont dit qu'ils feraient passer le goût de la viande aux loups d'Italie.
– God, répéta Lawrence. Bullshit.
Il regarda sa montre, éteignit la caméra, et, soucieux, alla allumer un tout petit poste de télévision posé sur une caisse, dans un angle.
– Il y a plus ennuyeux, ajouta Camille.
Lawrence tourna son visage vers elle, menton levé.
– Ils disent que cette fois, ce ne serait pas une bête comme les autres.
– Pas comme les autres?
– Différente. Plus grande. Une force de la nature, une mâchoire gigantesque. Pas normale, quoi. En deux mots, un monstre.
– Tu parles.
– C'est ce qu'ils disent.
Lawrence secoua ses cheveux blonds, atterré.
– Ton pays, dit-il après un silence, est un foutu pays arriéré de vieux cons.
Le Canadien passa d'une chaîne à l'autre pour trouver un bulletin d'informations. Camille s'assit au sol, croisa ses bottes et se cala contre les jambes de Lawrence, se mordant les lèvres. Tous les loups y passeraient, et le vieil Augustus aussi.
IV
Lawrence passa le week-end à collecter la presse locale, à guetter les informations, à descendre au café du village, en bas.
– N'y va pas, conseilla Camille. Ils vont t'emmerder.
– Why? demanda Lawrence, avec cet air de bouder qui lui était coutumier lorsqu'il était inquiet. C'est leurs loups.
