
À présent, il traversait Saint-Victor désert en sifflotant, soulagé. Le vieillard était passé et le vieillard avait mangé.
Camille se couchait assez tard dans la nuit. Quand Lawrence poussa la porte, il la vit penchée sur le clavier de son synthétiseur, casque sur les oreilles, sourcils froncés, lèvres entrouvertes, les mains courant d'une note à l'autre, parfois hésitantes. Camille n'était jamais si belle que lorsqu'elle se concentrait, pour le travail ou pour l'amour. Lawrence posa son sac, s'assit à la table et l'observa pendant quelques minutes. Isolée sous ses écouteurs, insensible aux sons extérieurs, elle griffonnait sur une portée. Lawrence savait qu'elle devait livrer pour novembre la bande musicale d'un feuilleton sentimental en douze épisodes, un vrai désastre, avait-elle dit. Et beaucoup de boulot, s'il avait bien compris. Lawrence n'aimait pas discuter à perte de vue des détails du boulot. On faisait le boulot, c'est tout. Et c'était ce qu'il y avait de plus important.
Il passa derrière elle, contempla sa nuque sous les cheveux courts et l'embrassa rapidement, ne jamais déranger Camille pendant le travail, fût-ce après cinq jours d'absence, il comprenait ça mieux que personne. Camille sourit, fit un signé de main. Elle travailla encore vingt minutes avant d'ôter son casque et de le rejoindre à la table. Lawrence faisait défiler les images d'Augustus dévorant les garennes et il lui présenta le viseur.
– C'est le vieillard qui se bâfre, expliqua-t-il.
– Tu vois que ce n'est pas un homme fini, dit Camille en collant son œil à l'oculaire.
– C'est moi qui lui ai filé la viande, répondit Lawrence en faisant la moue.
