
— Mais pourquoi n’a-t-on pas retrouvé le corps, alors ?
— On le retrouvera, affirma White en levant les yeux au ciel. Ou on ne le retrouvera pas. Il n’y a pas de bureau des objets perdus ici et la jungle est grande. Cela ne veut rien dire.
Tout en jouant avec ses lunettes noires, Malko contemplait pensivement le chef de la C.I.A. à Bangkok. Il ne s’attendait vraiment pas à cet accueil. L’assurance de White lui portait sur les nerfs :
— Mais si Jim Stanford a été enlevé, on ne peut pas l’abandonner, insista-t-il.
Cette fois, son vis-à-vis ricana franchement.
— Enlevé ! Mais on aurait demandé une rançon… Et on l’aurait renvoyé en petits morceaux, pour montrer que c’était sérieux. Ça s’est passé il y a six mois pour un Indou. Sa femme a mis si longtemps à payer qu’il en manquait pas mal de morceaux quand on le lui a rendu… Non, croyez-moi, Jim Stanford est mort, et bien mort. Et c’est bien dommage parce que c’était un type bien à ce qu’il paraît. Un dur. Un bon Américain. Il n’aurait jamais dû rester dans ce foutu pays.
— Mais sa sœur, alors ?
White balaya la sœur comme une fourmi volante.
— Dites pas de c… Coïncidence. Sa femme se balade toujours à Bangkok. Tous les matins au magasin de soie, dans Suriwong, à deux pas d’ici. Personne ne lui a fait quoi que ce soit…
Implacable logique militaire. Pourtant un sixième sens disait à Malko que tout n’était pas aussi simple dans l’histoire Stanford.
— Pourquoi l’aurait-on assassiné ? demanda-t-il. Il ne travaillait plus pour le service.
Le colonel White prit l’air gêné :
— Est-ce que je sais, moi ? Les haines durent longtemps, en Asie. Et Jim en avait amassé quelques-unes derrière lui, depuis 1945.
La différence d’heure commençait à venir à bout de la résistance de Malko. Il s’assoupissait tout doucement. Hermétiquement clos, le bureau du colonel White n’était pas trop glacial et très confortable avec de profonds sièges en cuir. Pour se réveiller, il demanda :
