
— Racontez-moi au moins tout ce qui s’est passé. Je dois travailler sur cette histoire.
— C’est très simple, fit White, de mauvaise humeur, en allumant une nouvelle cigarette. Mardi dernier, Jim Stanford est parti de chez lui pour aller se balader du côté de la rivière Kwaï, comme il le faisait souvent.
— Le soir, il n’était pas revenu et sa femme a prévenu la police. On a retrouvé la bagnole en bon état, près du pont, après Kanchanaburi, mais pas de traces de Jim. J’ai appris l’histoire le lendemain par les journaux et je l’ai signalée à Washington. Aussitôt, on m’a demandé par câble de retrouver Jim Stanford. Comme si je n’avais que cela à faire.
— Je suis là pour tenter de vous décharger de ce souci, dit sèchement Malko.
Ses yeux dorés tournaient au vert, ce qui était mauvais signe. L’égoïsme du colonel le blessait. Les militaires, décidément…
— D’accord, mais ne faites pas de c… hein. C’est pas facile, ici.
C’était décidément un mot qu’il affectionnait.
— Il n’a plus jamais travaillé pour nous ? demanda Malko.
— Quand je suis arrivé ici, il y a deux ans, Washington lui a demandé directement de contacter certains Chinois influents de Singapour et de me rendre compte, admit de mauvaise grâce le colonel White. C’était au moment de l’indépendance de la Malaisie. Il fallait les empêcher de faire des bêtises. Je dois dire que les renseignements de Jim avaient été de premier ordre. Nous avons pu éliminer deux ou trois gars à coup sûr, grâce à lui. Mais, depuis il ne s’était plus mêlé de rien. Du moins à ma connaissance. Et je suis le patron ici. Personne n’en doutait.
— D’ailleurs, continua White, il ne faut pas croire que je n’ai rien fait pour retrouver Jim Stanford. Dès que Washington m’a demandé de le retrouver, j’ai fait des recherches. Avec tous les moyens dont je disposais.
