
— Vous voulez un exemple de ce qui se passe dans ce pays ? Il y a quelque temps, ils sont venus me dire que dans le Nord-Est les maquis communistes étaient ravitaillés par des hélicoptères lourds russes. Que si je donnais des mitrailleuses aux villageois en leur promettant une récompense ils les abattraient…
Il soupira :
— J’ai donné les mitrailleuses. Et j’ai promis deux cent mille bahts
Sa voix se cassa de rage :
— Vous savez ce qu’ils ont fait ? Ils ont abattu deux hélicoptères de chez nous, des Sikorsky Jolly Green Giants ! Et il a fallu que je paie les deux cent mille bahts. Les Thaïs de la rue Plœnchitr m’ont raconté que, sinon, ils n’auraient plus jamais confiance dans la parole des Blancs et qu’ils aideraient les communistes…
Un lourd silence suivit le récit de la mésaventure du colonel White. Qu’est-ce que ce serait si la Thaïlande n’était pas un pays ami.
Mais Malko n’était pas venu chasser les maquisards communistes. Il ressentait déjà la fatigue du climat tropical. Le pessimisme du colonel White n’était pas fait pour lui remonter le moral. C’était gai d’avoir à rechercher un homme dans une ville inconnue de deux millions d’habitants dont on ne parle pas la langue, sans aucune piste. Il s’arracha à son fauteuil :
— Si je comprends bien, je n’ai plus qu’à mettre une petite annonce dans le Bangkok Post pour retrouver Jim Stanford, vivant ou mort, colonel ?
— Non, fit White, un peu calmé par sa longue diatribe. Il ne faut pas m’en vouloir mais cette putain de dysenterie me rend dingue. Je vais vous donner quelqu’un pour vous aider. Ma secrétaire personnelle. C’est une Thaï qui parle parfaitement l’anglais et qui n’est pas trop bête. Au moins elle vous pilotera. Et cela lui fera faire quelque chose d’utile. Elle passe ses journées à se faire les ongles.
Malko faillit refuser. La moutarde lui montait au nez. Être en mission officielle pour la C.I.A. et ne trouver comme aide qu’une secrétaire probablement idiote. Même pas un gorille. Il aurait dû emmener ses deux amis, Chris Jones et Milton Brabeck
