Surgis de nulle part, quatre ou cinq gamins s’étaient attroupés autour d’eux, montrant du doigt les yeux de Malko, stupéfaits.

— Ils n’ont jamais vu d’yeux clairs, expliqua Thépin. Et les vôtres sont étonnants. Même pour moi, ajouta-t-elle, zozotant d’émotion contenue.

Malko était à mille lieues de marivauder.

— Vous m’avez dit qu’il y avait un autre cimetière, demanda-t-il. Pourquoi n’y allons-nous pas ?

Thépin soupira :

— Vous n’y verrez rien de plus que dans celui-ci. Et c’est compliqué, il faut traverser la rivière dans un sampan. Personne ne va jamais là-bas.

— Vous pensez que Jim Stanford n’y allait pas non plus ?

— Pourquoi y aurait-il été ?

Peut-être à cause de l’agacement qu’il sentit dans sa voix, il insista, avec un regard velouté de ses yeux dorés :

— Allons-y, Thépin, je ne veux rien négliger. Ces gosses doivent savoir où trouver un sampan.

La jeune fille engagea une longue conversation en thaï. Un des gamins partit en courant et revint quelques minutes plus tard avec deux adultes visiblement arrachés à leur sieste. L’un d’eux tenait un sarong de coton qu’il tendit à Thépin. Rapidement elle en entoura ses hanches.

Il descendait jusqu’aux chevilles. D’un coup de reins, elle fit glisser la jupe et la jeta dans la voiture.

— Il faut s’accroupir dans le sampan, expliqua-t-elle. Guidés par les deux Thaïs, ils descendirent jusqu’au bord de la rivière, traversant une mini-rizière sur une diguette. Pieds nus, avec son sarong de paysanne, Thépin avait perdu toute allure occidentale.

Plusieurs sampans étaient abandonnés sur les cailloux. Le marché fut rapidement conclu pour vingt bahts. À demi rassuré, Malko s’assit en tailleur dans l’étrange sampan qui sentait le poisson. Il comprit aussitôt, quand Thépin s’assit en face de lui, pourquoi elle avait mis le sarong.



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