Elle le précéda, nu-pieds, à travers une nouvelle entrée qui ressemblait furieusement à un musée. Partout des bouddhas de jade ou de pierre, des statuettes de bois et d’or, des vitrines d’objets précieux. Ils débouchèrent dans ce qui parut être un salon.

Tout y était aussi beau. À part le lustre, moderne, la pièce était telle qu’elle avait dû être deux siècles plus tôt. Un parquet de bois ciré, impeccable, des murs en boiserie montant jusqu’au plafond, une table basse carrée, plusieurs fauteuils de bois noir et un divan recouvert de tissu mauve.

Sur le panneau du fond, deux statues de un mètre de haut, des vierges de Birmanie, contemplaient Malko, énigmatiques. Il s’assit, abasourdi par tant de beauté. Il était un peu connaisseur en art oriental et devinait que tous les musées du monde auraient donné des millions pour posséder les merveilles qui se trouvaient là.

La servante avait disparu. Il régnait dans la maison un silence total. Elle réapparut avec un petit brûloir qu’elle déposa près des pieds de Malko après l’avoir allumé. Pour éloigner les moustiques. Il n’y avait pas d’air conditionné et seul, un très fin grillage séparait la pièce de l’extérieur. On était seulement à deux minutes de voiture de l’Érawan… Dans un autre monde et un autre siècle.

Et dire que Jim Stanford était né en Virginie !

Malko entendit soudain un glissement léger et une voix mélodieuse dit en anglais :

— Vous êtes le prince Malko Linge, je suppose ?

C’était la même voix qui lui avait répondu au téléphone, une heure plus tôt. Le colonel White lui avait donné le numéro de la maison de Jim Stanford.

Il s’était présenté, avait rappelé ses rencontres avec Jim aux U.S.A.

— C’est vrai, avait concédé la voix froide. Jim m’a parlé de vous. Ainsi vous êtes à Bangkok ?

— J’aimerais vous rencontrer, avait demandé Malko. Elle n’avait pas demandé pourquoi. De la même voix indifférente et lointaine elle lui avait proposé de venir une heure plus tard, sans lui poser d’autres questions et avait raccroché.



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