Comme si elle se moquait éperdument qu’il vienne ou non ! Elle devait pourtant bien se douter que le but de sa visite à Bangkok n’était pas la visite des temples khmers.

Étrange.

Il se leva rapidement pour se trouver en face d’une femme étonnante : aussi grande que lui, les cheveux très noirs tirés en arrière dans un chignon sophistiqué, un long corps filiforme moulé par un chong-seam

Subjugué, Malko s’inclina sur une longue main aux ongles taillés en pointe, au vernis d’un rouge si profond qu’il en paraissait noir.

— Sirima Stanford, je suppose, interrogea-t-il. Elle inclina la tête gracieusement.

— Oui.

Mme Stanford s’assit en face de lui et croisa ses longues jambes dans un crissement de soie. À la voir de plus près, on s’apercevait à de petits détails qu’elle était du mauvais côté de la quarantaine : des mèches argentées soigneusement noyées dans la masse noire des cheveux, deux petites rides autour de la bouche ; la peau légèrement parcheminée des mains. Et surtout la profondeur triste du regard posé sur Malko. Mais telle qu’elle était, Mme Stanford pouvait encore damner le pion à bien des honnêtes femmes et à quelques-unes moins honnêtes.

Elle attendait, les mains posées sur les genoux, que Malko parlât.

Pour briser la glace, il proféra une banalité :

— J’admirais les collections quand vous êtes arrivée. Vous avez des merveilles…

Mme Stanford soupira :

— Jim… mon mari aimait beaucoup les antiquités. Il a passé vingt ans de sa vie à les réunir. Certaines pièces sont introuvables maintenant. Ce Bouddha de Locburi, par exemple, qui se trouve derrière vous, est unique au monde…

Malko tiqua :

— Pourquoi dites-vous que votre mari « aimait »… Vous pensez donc qu’il est mort ?



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