Les yeux noirs impénétrables s’ouvrirent un peu plus.

— Mais évidemment ! Où serait-il, autrement ? Il aurait donné de ses nouvelles. Cela fait une semaine maintenant qu’il a disparu.

— Et s’il avait été enlevé ?

Les sourcils se soulevèrent, un rien ironiques.

— Enlevé ? Mais par qui ?

Malko regarda Mme Stanford, pour voir si elle se moquait de lui, et remarqua :

— Vous n’êtes pas sans savoir que Jim, que j’ai connu aux U.S.A., fut un des meilleurs agents de l’O.S.S. Et qu’il a collaboré activement à la C.I.A.

La longue main fine de Mme Stanford balaya une poussière invisible sur le chong-seam :

— Bien sûr. Mais tout cela est loin… Jim avait maintenant une vie très calme. Il se partageait entre ses collections, le magasin et des visites à ses fabricants de soie, dans le quartier.

Comme si le rappel de ce passé récent l’avait troublée, Mme Stanford prit une cigarette et un fume-cigarette d’ébène dans un coffret et se pencha vers Malko, qui avait déjà tiré son briquet.

— Voulez-vous une Benson ? Jim ne fumait que cela. Je suis une très mauvaise maîtresse de maison, continuât-elle d’une voix plus légère, que buvez-vous ? Après ce long voyage, vous devez être fatigué ? Whisky, thé, namana

Malko était trop bien élevé pour réclamer de la vodka. À tout hasard il opta pour le namana. Mme Stanford appela, la servante apparut à la porte et se cassa en deux. Sa maîtresse lui jeta une courte phrase, et enchaîna :

— Qu’est-ce qui vous fait croire que mon mari est vivant, prince Malko ? Et pourquoi vous intéressez-vous tellement à sa disparition ?

Elle avait appuyé imperceptiblement sur le titre… Malko remercia d’une caresse de ses yeux dorés, mais crut bon de mettre les pieds dans le plat.

— Madame Stanford, j’appartiens à la C.I.A. et je suis venu spécialement à Bangkok pour élucider le mystère de sa disparition.



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