Il tendait à Malko une mince chemise rose. Malko l’ouvrit, le cœur battant, et resta en arrêt : il avait devant lui cinq feuillets dactylographiés en thaï. Il leva les yeux sur le colonel. Celui-ci lui rendit son regard, impavide :

— Bien entendu, souligna-t-il, la police thaïlandaise a mis tout en œuvre pour retrouver M. Stanford, qui était un citoyen estimé à Bangkok. Comme elle l’aurait fait pour n’importe lequel de ses nationaux.

— Naturellement, fit Malko en écho.

— Mais nous n’avons retrouvé aucune trace, conclut le colonel Makassar. C’est regrettable.

Malko repartit du tac au tac :

— Vous en concluez donc qu’il est mort.

Le colonel Makassar hocha douloureusement la tête :

— On ne peut pas encore l’affirmer, mais c’est fort probable. Il y a encore trop de violence dans ce pays.

— Mais pourquoi aurait-on tué Jim Stanford ? Le Thaï eut un geste vague :

— Tous les jours, nous avons des meurtres à déplorer. Peut-être a-t-on voulu le voler. Jim Stanford était un homme riche.

— Il ne se promenait quand même pas avec un coffre-fort sur le dos. Et, dans ce cas, fit perfidement Malko, pourquoi aurait-on fait disparaître le cadavre ?

— Évidemment, il y a le cadavre… fit pensivement le colonel, comme s’il venait seulement de s’en apercevoir.

Pour le chef de la Sécurité extérieure et intérieure du territoire, il était étrangement candide.

— L’enquête sur la disparition de Jim Stanford est-elle close ? demanda-t-il par acquit de conscience.

Makassar leva des sourcils indignés :

— Bien entendu, non. Le dossier ne sera refermé qu’une fois le corps retrouvé. C’est la règle.

Il ne disait pas ce qu’il ferait pour le retrouver. Cela sortait probablement de sa compétence.

Un instant les deux hommes se regardèrent en chiens de faïence. Le silence n’était troublé que par le ronronnement du climatiseur. Le Thaï semblait de plus en plus angélique. Il soupira à l’adresse de Malko.



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