
— Je voudrais bien pouvoir vous aider, cher monsieur, en raison de l’amitié qui unit nos deux pays…
Malko voulut faire une ultime tentative.
— Vous n’ignorez pas que Jim Stanford a eu une activité importante dans votre domaine, colonel ; ne pensez-vous pas que certains éléments auraient pu se venger de lui ?
Le colonel ouvrit des yeux qui auraient fait paraître un agneau noir de péchés :
— Le pays est calme, fit-il. Très, très calme. Tout cela est très loin maintenant. S’il y avait des éléments étrangers ou traîtres mêlés à cette disparition, nous le saurions. Je peux dire que nous avons la situation bien en main.
Aux Olympiades du mensonge, le colonel Devin Makassar aurait raflé toutes les médailles d’or.
Malko se leva avec un grand sourire, ne voulant pas être en reste d’hypocrisie.
— Colonel, je vous remercie de votre efficace collaboration…
Le Thaï ne cilla pas et rendit la poignée de main. On était entre gentlemen. Il fit le tour de son bureau pour raccompagner son visiteur. Avec sa vieille chemise et son pantalon frippé, il semblait complètement anodin. Le haut de son crâne arrivait tout juste à l’épaule de Malko. Il guida ce dernier à travers le long couloir jusqu’au hall d’entrée, et le quitta sur une petite courbette.
L’épicier chinois dont la boutique jouxtait l’immeuble de la Sécurité détourna vivement le regard quand Malko passa devant lui. Après tout, le colonel Makassar n’était peut-être pas aussi inoffensif qu’il en avait l’air. Malko était furieux. Depuis son arrivée à Bangkok, il se heurtait à un mur de caoutchouc. À se demander si Jim Stanford avait jamais existé. Sa femme le croyait mort. Le colonel White le croyait mort. La police thaï semblait se moquer éperdument de sa disparition.
