Thépin l’attendait, moulée dans un pantalon de Lastex noir collant comme un gant et un chemisier de Nylon transparent. Pas du tout jeune fille.

— Bonzour, fit-elle. Le déjeuner nous attend.

Pourtant, quand elle zozotait ainsi, on ne lui donnait pas plus de quatorze ans. Malko la suivit dans une maison, presque aussi belle que celle de Jim Stanford. Toute en bois, bourrée de statuettes et de bouddhas. La table était mise dans une petite salle à manger attenante au grand living-room.

— Je vous ai fait un vrai déjeuner thaï, dit Thépin. Après un namana rapidement expédié, ils passèrent à table. Selon la mode thaï, tous les plats étaient servis en même temps, sauf la soupe, qui venait en dernier.

Malko se servit de poisson coupé en cubes assaisonnés de sauce très piquante et découvrit par la même occasion que les Thaïs ignoraient l’usage du couteau. Tout se passait avec la fourchette et la cuillère.

Le thé, servi dans des tasses minuscules, était brûlant et très fort. Thépin le buvait comme si c’était du lait froid. Elle tendit à Malko un petit bol : la soupe.

Le goût en était délicieux, très fin, onctueux. Il en fit la remarque :

— Plus de quarante herbes différentes entrent dans la composition de cette soupe, expliqua Thépin. Moi-même, je ne saurais pas la préparer. Mais ma cuisinière passe des journées à cela.

Malko hocha la tête. Sous sa langue, il sentit un petit corps étranger et mordit dedans avant de l’avaler.

La seconde suivante, il était violet. D’énormes larmes jaillirent de ses yeux. À tâtons, il attrapa sa tasse de thé, la vida d’un coup, se brûla encore plus et pour la première fois de sa vie se permit de jurer grossièrement en présence d’une dame. Heureusement que c’était en allemand…



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