Malko savait que Bangkok pullulait d’instituts de massage qui n’étaient que des maisons de rendez-vous. Mais il ignorait qu’on puisse vraiment s’y faire masser.

— Takara Onsen, c’est à deux pas d’ici, la première impasse à droite, après l’immeuble de la BOAC, dans Ratchadamri. Ne payez pas plus de cent bahts. Sauf si vous voulez un massage spécial, ajouta le portier avec un clin d’œil.

Malko remercia et se replongea dans l’étuve.

CHAPITRE V

Au moment où Malko franchit la grille de l’Érawan, un Thaï, arrêté devant un marchand ambulant de soupe chinoise, termina précipitamment son écuelle, donna un baht et emboîta le pas à Malko. Avec sa chemise blanche, son pantalon de tergal, ses nu-pieds et ses lunettes noires, il ressemblait aux employés de bureau qui attendaient l’autobus un peu plus loin, devant le champ de courses.

Sa-Mai, pourtant, était l’un des tueurs les plus dangereux de Bangkok. Particulièrement apprécié car il n’était pas fiché à la police, n’ayant jamais été pris.

Il avait débuté dans le meurtre presque par hasard. En assassinant une petite prostituée de Yawarat Road qui s’était moquée de son teint très foncé. En Thaïlande aussi, on est raciste. Sa-Mai l’avait lacérée avec le poignard triangulaire qu’il avait taillé dans un ressort de camion. Il était particulièrement habile de ses mains.

Les hurlements de la fille agonisante avaient éveillé quelque chose chez le Thaï : un vague plaisir et le sentiment qu’il avait des capacités que les autres ne possédaient pas. Jusque-là, il avait mené une carrière de blouson noir sans histoire, ne dépassant pas le stade du chapardage et des bagarres. Pris au jeu, il avait très lentement enfoncé sa lame dans le ventre de la petite putain, un peu au-dessus du nombril, jusqu’à ce que ses yeux se révulsent définitivement.

Depuis, chaque fois qu’il faisait l’amour, il pensait à ce moment-là et son plaisir en était décuplé. Sa-Mai ignorait absolument qu’il était sadique.



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