
Mais c’était par intérêt qu’il était devenu tueur professionnel. Sa-Mai aimait les filles. Or, il n’était pas très beau, avec son teint trop sombre et ses deux dents absentes sur le devant. Il avait donc décidé que le seul moyen de conquérir les petites Thaïs délurées qui se promenaient bras dessus, bras dessous dans New Road, les fesses moulées dans des pantalons en lastex, deux tailles trop petites, était de s’acheter une moto Suzuki.
Il en avait trouvé une d’occasion pour dix mille bahts. Somme fabuleuse pour lui qui n’avait jamais possédé plus d’un billet de cent bahts. Son premier contrat lui avait rapporté deux mille bahts qu’il avait versés immédiatement. Le marchand lui avait promis qu’avec encore trois mille bahts, il emporterait la moto et paierait le reste plus tard. Sa-Mai ne vivait plus que dans l’attente de cet instant qui le ferait sortir de son incognito des pâles voyous sans moto.
Lui qui avait perpétuellement faim économisait même sur ses repas. À peine une soupe à la cannelle et des nouilles chinoises trois fois par jour.
Le dos de l’homme, qu’il ne quittait pas des yeux, dans la foule, à vingt mètres devant lui, représentait ces trois milles bahts.
Trois mille bahts qu’il était certain de gagner facilement : sa spécialité, c’était l’égorgement d’un seul revers de main. Chaque matin, il passait une demi-heure à affûter les deux tranchants de son poignard. Ensuite, il le remettait soigneusement dans l’étui de cuir fixé à sa jambe droite, juste au-dessous du genou.
* * *
Malko traversa au feu vert et s’engagea dans le passage à droite de l’immeuble de la BOAC. Tranquillement, Sa-Mai se mêla à la foule derrière lui.
Ses épaules anormalement larges dépassaient celles de la plupart des autres Thaïs. C’était un paysan de l’Est, qui avait trimé dur dans la rizière avant de venir à Bangkok à pied.
