
À mesure qu'elle progressait dans sa lecture, Juliette affecta un demi-sourire pour lui dire qu'elle ne voulait y voir que des enfantillages.
- Une élève un peu exaltée, comme il s'en trouve dans tous les lycées de France...,finit-elle par lancer, d'un air faux.
- Non, répondit-il avec rudesse.
- Que veux-tu dire ?
- Lis les quatre lettres.
Terrorisée, Juliette feignit de se plonger dans les feuillets brûlants qu'elle venait de parcourir quelques minutes auparavant, en se demandant où Horace oserait en venir. Elle s'inquiétait également de savoir si elle avait raison ou bien tort de taire qu'elle les avait reçus le matin même. Tout avait été si soudain que Juliette n'avait pu arrêter une conduite, ni régler une riposte. Les seuls mots qu'elle trouva pour commenter ces lettres furent :
- On ne sait si c'est une manipulatrice ou un ange...
Horace ajouta :
- Ces lettres me bouleversent.
- Moi aussi,reprit Juliette, c'est bouleversant un élan de très jeune fille, encore immature...
- Non.
- Quoi non ?
- Cette femme aime comme j'aimerais t'aimer.
- Ah...
- Pourquoi ne savons-nous pas faire de notre vie un plaisir ?
En se levant, Horace marcha dans le verre et nota que la fenêtre était cassée. Juliette se cuirassa de calme. Ainsi son mari ne l'aimait pas autant qu'il eût souhaité aimer ! L'aveu la transperça, ruina d'un coup neuf ans de moelleuses certitudes. Horace le sentit bien ; aussitôt il précisa sa pensée, sur un ton vif :
- Si je t'en parle, c'est que j'ai confiance en nous.
- Ah...
- Si je ne t'aimais plus, je t'aurais caché ces lettres, précisa-t-il en se penchant pour ramasser les morceaux de verre.
