
- Pourquoi as-tu attendu la quatrième pour m'informer de ton...
- De mon trouble ?
- Oui.
- J'attendais de savoir exactement ce que j'éprouvais.
- Et... comment vois-tu les choses ?
- Je te l'ai déjà dit : cette femme aime comme j'aimerais t'aimer et comme j'aimerais que tu m'aimes.
Et il ajouta, en se surprenant lui-même :
- J'ai envie de plaisir.
Entamée par la trouille, Juliette replaça son cerceau en velours noir ; puis elle ajusta les étoffes qui l'habillaient, ces vieux fonds de soldes que, par économie, elle imposait à sa silhouette. Enfin elle pensa qu'elle avait d'avance perdu la partie. Horace avait beau affirmer qu'il souhaitait que brûle entre eux la flamme de l'Inconnue, cette dernière maniait mieux que Juliette les émotions éclatantes et les plaisirs rutilants qu'il paraissait goûter. Réagissant en femme languissante, habituée à flâner dans les facilités d'un mariage établi, elle se sentit tout à coup dépossédée de ses armes, démonétisée pour ainsi dire. Sa façon d'aimer, ses airs artificieux et ses joies tristes n'atteignaient plus son mari.
Plutôt que de s'ouvrir de son émotion - ce qui aurait pu toucher Horace qui terminait de nettoyer les bris de verre, - elle commit alors l'erreur de railler sans esprit les naïvetés de l'Inconnue. Plus elle s'acharnait, plus Horace se voyait incompris et plus son âme se décrochait d'elle, irrésistiblement. L'Inconnue faisait écho à sa nature entière. Inquiète, Juliette ricanait, paraissait pressée de hâter la catastrophe. Il y a des moments où les êtres mettent un zèle prodigieux à se nuire ; hypnotisés par leur douleur, ils s'engouffrent dans l'erreur.
Assombri par cette réaction fielleuse, Horace répliqua :
- Je te parle de plaisir, pourquoi réagis-tu comme ça ?
Stupide, brouillée par sa peine, Juliette répondit :
