Mais revenons au mariage... Cette institution, qui, on le sait, déprave les amants en en faisant des époux, eut sur Horace l'effet que l'on peut attendre d'un sédatif. S'il aimait effectivement Juliette - il ne la trompait que dans des proportions raisonnables, - Horace bâillait de l'aimer. Il lui reprochait à présent les qualités matrimoniales, guindées et un peu ternes, qui l'avaient jadis enflammé. Nulle envolée ébouriffante dans leurs étreintes, pourtant pas désagréables. La nuit, leurs caresses, prolixes et proprettes, demeuraient laborieuses ; une rhétorique de canapé, développée sur un ton monocorde. Aucune inspiration, pas un élan, zéro trouvaille ! Et puis cette agaçante jalousie...

Juliette ne se dégageait de ce puéril défaut que dans les rares moments où elle était apaisée de sentir Horace jaloux, à son tour supplicié par le soupçon. Le reste du temps, elle gâtait ses attraits en laissant cette disposition l'envahir. Pourtant, son esprit était supérieur à sa beauté qui n'était pas au-dessous de son rayonnement. En vérité, Juliette était de ces créatures qui, parfois, chutent dans des abîmes de doute sur leur valeur ou leur mérite. Elle inondait alors les autres de ses craintes ; la plus bénigne critique la crucifiait.

On imagine aisément l'effet que produisit sur Juliette la lettre non signée qu'elle reçut un soir d'automne :

Madame,

je n'ai pas voulu que dure plus longtemps mon secret qui, en se perpétuant, pourrait vous laisser croire que j'ai le projet de vous voler votre mari. Depuis un mois, je lui adresse des lettres d'amour anonymes ; car il ne m'est pas possible de laisser mes sentiments au point mort. Aurais-je dû taire mon trouble ? Peut-être, mais il y a, me semble-t-il, de sublimes élans qu'on a le devoir de laisser vivre. L'amour pur n'est pas si fréquent que nous puissions le négliger.



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