
— Bravo, camarade Guern. Vous venez de faire le premier pas vers votre réhabilitation. En servant l’Union soviétique, vous servez la cause de la paix. Quels que soient vos crimes passés, vous trouverez plus tard, en URSS, une nouvelle patrie, puisque vous nous aidez.
— Je n’en doute pas, fit Malko.
Ignorant l’interruption, Andropov baissa la voix pour dire :
— Vous pourriez même obtenir l’Ordre de Lénine, comme Richard Sorge.
Il parlait très sérieusement.
— À titre posthume.
— Pas nécessairement, fit Pavel Andropov sans aucun humour. Vous risquez moins que lui. Et vous savez que les détenteurs de l’Ordre de Lénine voyagent gratuitement sur tous les trolleybus de Moscou.
Malko regarda son vis-à-vis pour voir s’il se moquait de lui. Mais le Russe était parfaitement sérieux. Son discours faisait partie de la dialectique communiste : ne jamais, si possible, offrir d’argent à un agent secret, mais chercher à le flatter.
— J’y penserai, dit Malko. Mais je préfère les taxis. Bon, que voulez-vous de moi, en attendant que je prenne ma retraite à Moscou ?
Le capitaine Andropov fit disparaître son pistolet, après avoir averti.
— Camarade Guern, je pense inutile de vous préciser que le dossier que je vous ai montré ne constitue qu’une copie. Les originaux sont en lieu sûr…
— C’est bien ce que j’avais compris.
— Parfait. Je vais donc vous expliquer votre première mission. Ce n’est pas difficile.
Le Russe sortit de sa poche intérieure une carte pliée. Il se leva et la déplia sur le lit à côté de Malko.
C’était une carte routière comme on en distribue gratuitement dans les stations d’essence, aux USA. Malko vit qu’il s’agissait de l’État de New Hampshire, au nord-est des USA englobant la frontière canadienne. Le capitaine Andropov pointa son gros index sur la ligne séparant les deux pays.
— Vous allez partir dès demain dans cette région. Pour y acheter une ferme.
